Le smartphone

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J’ai, depuis son invention, considéré le smartphone comme étant un objet vénéneux dans l’univers de l’électronique. Téléphone et nano-ordinateur à la fois, il remplit mal ses fonctions car elles sont beaucoup trop nombreuses. Ce petit rectangle recouvert d’un écran a la fâcheuse prétention d’être un chef d’orchestre dans le vacarme des villes, où tout le monde téléphone en même temps à une autre personne, dans une cacophonie dans laquelle plus personne ne sait qui parle à qui. Et dans ce déferlement de discours téléphoniques, d’innombrables informations visuelles s’affichent sur ces surfaces de verre trop étroites sur lesquelles les individus posent leur regard presque en louchant, tout en étant attirés par ce qu’ils y lisent. Le monde peut bien s’effondrer autour d’eux, cela reste sans importance et ils restent hypnotisés par la surface lumineuse de ces quelques centimètres carrés du plus grand concentré d’électronique que l’homme a inventé jusqu’à présent. Dans le monde de l’électronique, cette création est une verrue technologique sur le visage du progrès. Cette invention aurait pu en rester au stade simple et modeste d’un téléphone sans fil. Et telle une grenouille, elle s’est gonflée jusqu’à la prétention vaniteuse de pouvoir tout réaliser comme aucun objet ne l’avait fait auparavant. Ses fonctions sont de mois en mois toujours plus nombreuses, et il est bien difficile d’entrevoir à quel moment va se dresser la limite indépassable. C’est un peu le totem du 21e siècle que tous les hommes vénèrent comme dans les religions antiques. Le smartphone est aussi le nouveau sphinx qui donne l’orientation aux hommes dans les villes labyrinthiques. Sortir de son domicile sans son smartphone est devenu aussi dangereux que de s’aventurer dans une jungle peuplée d’animaux féroces. Nous pouvons nous passer provisoirement de presque tous les objets électroniques, sauf de ce smartphone qui est une sorte de trousse de survie sans laquelle notre existence semble être en danger. Notre crainte est si profonde que certains ont jusqu’à trois smartphones pour tenter de se rassurer qu’ils pourront faire face à tout danger potentiel, à tout imprévu dont les conséquences pourraient être d’une grande gravité. Sans notre smartphone, nous ressentons une sorte de peur ancestrale enfouie au plus profond de notre inconscient. Il veille à notre sécurité, tout en étant potentiellement la possibilité d’être relié à chaque instant et en n’importe quel lieu à tous les humains sur la planète, sans que nous en prenions clairement conscience. Je pense que je vais me procurer prochainement un autre smartphone. Car malheureusement, comme les milliards d’autres individus, je dépends de cet objet pour une multitude de choses à effectuer, et celui que j’utilise commence à dysfonctionner.

© Serge Muscat – Octobre 2025.

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La mauvaise surprise d'une soirée

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Dans le bureau récemment repeint, Daniel est parmi une dizaine de personnes. Il a fait la connaissance d’Herbert, un homme d’une trentaine d’années qu’il trouve plutôt étrange. Il ne se rappelle pas exactement comment il a fait sa connaissance et comment ils sont devenus plus ou moins amis. La seule chose qu’il sait est qu’il l’a rencontré dans le cadre d’un job. Quelques semaines plus tard, Daniel commence à le considérer comme étant un peu fou et se dit qu’il vaut mieux ne pas écouter cet homme qui tient des propos totalement incohérents. Un soir, vers 19 heures, Herbert lui propose de vernir avec lui à une vague soirée dont il ne donne aucune précision. Bien que constatant que cet individu est borderline, et même un peu plus loin que la limite, il décide tout de même d’aller avec lui à cette sortie. Ils prennent le métro et se retrouvent dans ce lieu qui a toujours paru à Daniel comme étant une sorte d’énorme tube de comprimés médicamenteux, où des hommes et des femmes sont pris d’une violente migraine dont rien ne semble les soulager. Il parcourent une dizaine de stations et regagnent la sortie comme deux hommes qui refont surface après avoir évité la noyade. Daniel inspire une grande bouffée d’air tiède et ils commencent à marcher sur le trottoir d’une très grande avenue d’où émane une impression d’artifice, avec des vitrines bardées d’ampoules électriques diffusant une lumière dans une explosion de kilowatts. Il n’apprécie pas cet endroit de la ville. C’est un lieu qu’il n’a jamais aimé et dont il arpente ce soir le trottoir. Il arrivent alors devant une très grande entrée dont l’apparence est celle d’une entreprise. Daniel ne fait pas attention à ce qui est indiqué dans le hall qu’ils traversent et ils prennent un ascenseur en montant jusqu’au troisième étage sans savoir où il se rend. Les portes de l’ascenseur s’ouvrent. Il constate, avec une envie de quitter immédiatement les lieux, qu’il se trouve dans une régie de télévision. Il suit Herbert en passant dans un dédale d’écrans et où de nombreuses personnes sont occupées à manipuler des potentiomètres, des manettes, tout ce qui est nécessaire au fonctionnement d’une régie. La soirée se transforme à présent en abomination, et Daniel n’a qu’une envie: celle de laisser Herbert en plan et de rentrer chez lui. Cependant ce dernier lui demande de le suivre. Daniel acquiesce et ils arrivent à un endroit de la régie où l’on peut voir directement un plateau de télévision sur lequel Léon Zitrone est en train d’être filmé pour une émission. Daniel n’en peut plus, il souhaite quitter les lieux immédiatement, et cherche un moyen pour sortir de ce studio de télévision qui le hérisse. Il n’a que faire de Léon Zitrone et de tous ces individus qui peuplent les plateaux TV. Du reste, il n’a jamais eu de téléviseur. Il essaie de convaincre, sans trop le brusquer, Herbert, en lui disant qu’il se sent fatigué et qu’il veut quitter cet endroit. Léon Zitrone et cette cinquantaine d’écrans lui donnent la nausée. A partir de cet instant, Herbert se dit qu’il n’aura jamais pour amis des personnes qui ont un téléviseur. De modéré son choix passe à un radicalisme sans concession. Car auparavant, même s’il n’avait pas de téléviseur, il tolérait encore ceux qui en avaient un. Mais à présent sa décision devient extrême. Désormais toute personne qui a quelque proximité avec le télévisuel ne fera pas partie de ses relations, proches ou lointaines. Depuis le simple fait de détenir un téléviseur jusqu’au stade gradué qui consiste à travailler pour ce petit écran. Il ne veut pas savoir ce qui s’y passe et bannit tout individu, et sans recours possible, toute personne qui n’ignore pas totalement, comme il l’a toujours fait, cet écran télévisuel. Daniel a vingt ans. Et il ne dérogera jamais à cette règle durant toute sa vie. Par de multiples pirouettes, il réussit à amener Herbert à choisir de sortir des studios de télévision. Puis ils se quittent et rentrent chez eux. 

© Serge Muscat – Septembre 2025.

James Bond et la technologie

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Lorsque nous regardons les adaptations faites au cinéma des romans de James Bond écrits par Ian Fleming, le spectateur est souvent sous la fascination d’un déluge technologique. Ainsi lui sont montrés des gadgets à profusion et des hommes qui dominent le monde par l’intermédiaire de la technologie. Il y a en quelque sorte une bonne technologie, celle que possède James Bond, et une mauvaise technologie, celle qui sert à asservir l’humanité et dont s’empare le méchant combattu par James Bond. Il est à remarquer que l’objet de chaque mission entreprise par l’agent secret est d’empêcher l’appropriation par le méchant d’une nouvelle technologie qui, dans les mains de ce dernier, nuira à la société. Ainsi on comprend assez rapidement que la technologie en elle-même n’est pas forcément négative et porteuse de dystopie, et qu’elle dépend avant tout de l’utilisation qui en est faite par l’homme. Dans la plupart des technologies réalisées, rarement sont réellement pensées les utilisations et les conséquences qui sont engendrées par ces technologies. La quête de la nouveauté et de l’innovation pour l’innovation sont avant tout le moteur de celui qui innove, comme ceux qui font de l’art pour l’art avec le simple objectif de faire du nouveau. Ainsi dans les films de James Bond c’est le méchant qui révèle l’utilisation possible d’une technologie à laquelle son créateur n’avait pas pensé. L’utilisation faite par le méchant de la technologie est toujours détournée et différente de celle imaginée par son créateur. Par exemple les médias de masse sont utilisés pour diriger l’opinion de la planète, et non pour éclairer le citoyen. Ou alors un fanatique partisan de l’eugénisme veut utiliser certaines inventions pour faire disparaître une partie des hommes et ne conserver qu’un groupe d’élus qui, selon lui, sont les plus aptes à perpétuer une espèce humaine parfaite. Ainsi, sans être vraiment de la science-fiction, les James Bond questionnent le rôle et l’utilité de la techno-science dans la société. Et l’utilité de cette dernière est toujours positive entre les mains de James Bond, alors qu’elle est destructrice entre les mains de celui qui joue le rôle de méchant et qui incarne le mal. Bien utilisée, cette techno-science semble utile et capable de résoudre de nombreux problèmes tout en étant porteuse d’espoir. Contrairement aux films qui traitent de la dystopie, la techno-science est envisagée comme une sorte de fin ultime de l’humanité. Du reste les James Bond se terminent toujours avec une note d’espoir où l’amour et le bien triomphent sur le mal. Et ce bien est du côté de la technologie et de ceux qui la font. Nous retrouvons là l’utopie américaine, mais aussi de nos jours mondiale dans une certaine mesure, que la technologie va résoudre tous les problèmes de la condition humaine, et qu’elle va lui faire accéder à ce fameux bonheur dont tout le monde parle et dont personne ne sait exactement ce qu’il est, de quoi il est constitué. James Bond est donc une apologie de la techno-science, comme les transhumanistes voient en cette dernière le salut pour l’humanité. Quant à savoir ce à quoi serait confronté l’homme qui réussirait à devenir immortel par le biais de la technologie, c’est une question que ne semblent pas se poser les transhumanistes.

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